Nos yeux se rencontrèrent : la langueur que je trouvai dans les siens fit passer jusque dans mon coeur le mouvement que ses charmes avaient fait naître, et dont le trouble semblait s'accroître à chaque instant. Quelques soupirs qu'il affectait de ne pousser qu'à demi, achevèrent de me confondre et, dans ce dangereux moment, il profita de tout l'amour que j'avais pour mon inconnu.
Il est inutile de vous le cacher, ce jeune homme aimable et rempli d'esprit, ne m'eut pas plus tôt fait l'aveu de sa flamme, que je me sentis entraînée vers lui par un mouvement indomptable, et quand je voulus ensuite me rendre compte de cette sympathie, tout était obscur pour moi, il me semblait que ce penchant n'était pas l'effet d'un sentiment ordinaire, un voile déguisait à mes yeux ce qui le caractérisait ; d'une part, au même instant où mon coeur volait à lui, une force invincible semblait le retenir, et dans ce tumulte... dans ce flux et reflux d'idées incompréhensibles, je ne pouvais démêler si je faisais bien de l'aimer ou si je devais le fuir à jamais.
Voilà, tout est dit.
